26.10.2006

un questionnement permanent

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Le premier mot révélé du Coran est une injonction « Iqra’ ! » qui est souvent compris dans le sens de « Lis » ou « récite », ce qui est, comme on va le voir, un sens très réducteur par rapport à la richesse sémantique dont est porteur le mot « iqra’ »

D’après la tradition, L’ange Gabriel apparut au prophète dans la grotte « Hira’ » où il avait l’habitude de s’isoler pour la méditation, l'ange se présenta à lui et dit : «iqra’», « Je ne sais pas réciter » dit le prophète. L'ange le saisit et le pressa jusqu'au point de le mener à l'étouffement.Ensuite, il le lâcha et reprit : « iqra’ !! » Le prophète répéta: "Je ne sais pas lire". L'ange l'étrangla une deuxième fois au point de le mener à l'étouffement, après quoi il le lâcha et dit : "Je ne sais pas lire". L'ange, le saisit une troisième fois et l'étrangla. Ensuite il le lâcha et dit "Lis !". Le prophète insista "Je ne sais pas lire". Alors, l’ange récita le premier verset révélé du Coran "iqra’ au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'une adhérence. "iqra'", ton Seigneur est le Très Noble "
(S.96, S.1-3).

La majorité des commentateurs du Coran interprètent ce terme "iqra’" par une simple injonction à la lecture et à la récitation. Les réponses répétées du prophète "ma ana biqari’" (je ne sais pas lire) par le fait que le prophète était analphabète.

Or il y a là un paradoxe, en effet pourquoi Dieu demanderait-il au prophète de lire alors qu’Il savait qu’il est analphabète. S’il s’agissait d’une injonction à la lecture, pourquoi l’ange ne précise-t-il au prophète ce qu’il doit lire qu’après la troisième injonction.

Ce paradoxe peut être levé si on interprète ce terme "Iqra’" autrement. On peut le rapprocher du verbe « istaqra’a » qui provient de la même racine "QR’ ". Ce verbe signifie interroger, questionner, enquêter. Donc l’injonction du Coran « iqra’ » peut signifier interroge-toi sur toi-même, interroge le monde, questionne tes propres croyances, les habitudes et les traditions de ton époque, remets en question l’ordre établi et les croyances de ceux qui t’ont précédé.

Cette incitation à la remise en question des croyances et des évidences se retrouve dans plusieurs versets, par exemple :

"Et quand on leur dit : “Suivez ce qu'Allah a fait descendre”, ils disent : “Non, mais nous suivrons les coutumes de nos ancêtres.” - Quoi ! et si leurs ancêtres n'avaient rien raisonné et s'ils n'avaient pas été dans la bonne direction ? " (S.2, V.170).

"Et quand on leur dit : “Venez vers ce qu'Allah a fait descendre (La Révélation), et vers le Messager”, ils disent : “Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres.” Quoi ! Même si leurs ancêtres ne savaient rien et n'étaient pas sur le bon chemin... ?" (S.5, V.104)

"Ils dirent : “Est-ce pour nous écarter de ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres que tu es venu à nous, et pour que la grandeur appartienne à vous deux sur la terre ? Et nous ne croyons pas en vous ! ” (S.10, V78),

D’autres versets incitent à se méfier du conformisme, en donnant les exemples de peuples anciens qui ont sombré dans le déclin en ne faisant perpétrer le passé et imiter servilement les anciens.

Ainsi le premier devoir d'un musulman, c'est une lecture (qira’a) dynamique sous forme d'interrogation de l'héritage de l'humanité en général et des musulmans en particulier, sur leurs croyances et leurs certitudes.

Le questionnement doit être privilégié par rapport au simple contentement de réponses faciles et de certitudes qui risquent souvent d'être "mortifères".

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